La déontologie, qu’est-ce que ça change à l’entrepreneuriat?

Il est tout à fait possible de réussir en entrepreneuriat dans un contexte déontologique. Il suffit seulement de bâtir son entreprise différemment. L’important n’est pas de suivre toutes les tendances, mais plutôt de conserver la relation d’aide avec le client au cœur de son projet d’affaires.

Lorsque l’on prend le temps de s’y intéresser, on réalise que chaque article de loi, chaque contrainte n’existe pas dans le seul et unique but de mettre des bâtons dans les roues des professionnels. En effet, les contraintes existent afin de maintenir un niveau de qualité constant, un gage de confiance envers chaque profession.

Bref, en cette dernière semaine du mois d’avril, j’avais envie de partager avec vous un article un peu plus personnel ou du moins, qui s’appuie davantage sur mes expériences passées que sur la théorie scientifique d’un quelconque chercheur.

J’ai donc décidé de me pencher sur la question suivante :  La déontologie, qu’est-ce ça change à l’entrepreneuriat ? Cette question, je me la fais poser fréquemment et j’ai eu envie de mettre ma réponse sur papier afin de vous la partager.

La naissance de l’Institut Kara

Quand j’ai démarré le projet de l’Institut Kara en 2017, j’étais à la recherche d’une niche peu développée dans le domaine de la formation en entrepreneuriat. À force de recherches et de discussions, j’ai fini par trouver cette niche de professionnels, exerçant sous différentes contraintes déontologiques et qui, après quelques minutes de discussion, en venaient tous à la même conclusion : « J’ai envie d’autonomie dans ma pratique, j’ai envie de développer quelque chose à mon image, mais ça me stresse. J’ai peur de faire une erreur qui me coûtera (très) cher. »

C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à m’intéresser davantage à cette niche que formaient les entrepreneurs en contexte déontologique. J’ai rencontré différents experts, des avocats et des entrepreneurs issus de ce milieu, avec qui j’ai pu échanger. J’ai aussi fait mes devoirs et mes recherches sur le sujet jusqu’au jour où j’ai été en mesure de comprendre l’origine de cette crainte que vivaient les professionnels.

La peur de commettre une erreur irréparable

Un code de déontologie, ça ne s’applique jamais à l’entreprise ou à la société : ça s’applique toujours au professionnel, à l’individu qui pratique la profession dans la société.

Lorsque les professionnels exercent dans un contexte entrepreneurial, ces derniers doivent réaliser, en plus des tâches reliées à l’exercice de leur profession, les tâches relatives à la gestion de l’entreprise.

Ainsi, plus de responsabilités signifie nécessairement plus de risques de transgresser son code d’éthique et c’est là, lorsqu’il y a faute professionnelle, que le bât blesse.

Voilà pourquoi je crois qu’il est nécessaire de former les professionnels de différents secteurs d’activités dans la gestion adéquate de leur entreprise. Ces derniers doivent avoir accès à de bons outils, adaptés à leur milieu, qui favoriseront naturellement la conformité déontologique et donc, au bout du compte, garantiront la protection du grand public.

Cependant, concrètement quels sont les défis que rencontrent les professionnels lors du démarrage d’une entreprise ?

Définir son modèle d’affaires

Le premier défi rencontré est bien souvent de répondre à la fameuse question : Par où est-ce que je commence ?

Définir le cheminement général à suivre pour démarrer son entreprise n’est pas chose facile pour les entrepreneurs. Ça se complique davantage lorsque l’on a un code d’éthique qui s’applique dès nos premiers pas d’exploration, dès que l’on entame la réalisation de son étude de marché.

Alors que le lancement de sa première clinique, cabinet de consultation peut être vu comme un bol de spaghetti qu’il faudra organiser, les ordres et associations professionnels ne sont pas toujours outillés convenablement afin d’appuyer leurs membres dans leurs démarches d’affaires.

Définir sa proposition de valeur

Un deuxième défi qui s’impose est la différenciation professionnelle. De plus en plus de professionnels décident de faire le grand saut et de démarrer leur propre entreprise. Afin de survivre et de se protéger des guerres de prix, ces derniers ne doivent pas faire fi de leur concurrence, ils doivent plutôt « faire différemment » que leur concurrence. Chacun devra trouver sa valeur distinctive, son « petit plus ».

En revanche, ce n’est pas facile à définir ou plutôt, à exprimer lorsque ce message peut porter atteinte à la valeur professionnelle des confrères ou des membres d’autres ordres professionnels. Il faut donc s’assurer de la conformité de ses messages publicitaires avant d’entamer le développement de ses stratégies et produits publicitaires.

Mettre sur pied des stratégies publicitaires adéquates

Un troisième défi et celui qui, je crois, recèle le plus gros casse-tête pour les entrepreneurs en contexte déontologique : le marketing.

Lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on revient à la nature même d’un ordre professionnel, on réalise que le code de déontologie sert à plusieurs effets. Premièrement, la déontologie protège le public face aux actes posés. Elle assure également une éthique de travail par rapport au caractère confidentiel des propos échangés, ainsi que le caractère personnel du rapport avec le client.

En ce sens, ce qui est promu dans un contexte déontologique, c’est une expertise, une relation d’aide avec le client et un gage de qualité en lien avec le titre professionnel. Pour cette raison, tous les types de marketing ne s’appliquent pas à la promotion de tels services.

Il est donc primordial que les professionnels puissent développer leur connaissance en marketing, non seulement pour bâtir leurs stratégies marketing et gérer cet aspect de l’entreprise, mais aussi pour que ces mêmes professionnels soient aptes à différencier l’adéquat de l’inadéquat et en mesure d’argumenter leur vision publicitaire auprès de collaborateurs potentiels ayant moins d’expérience avec la déontologie.

Innover

Le quatrième et dernier défi qui revient fréquemment est l’innovation. La différenciation et l’innovation sont deux éléments intrinsèquement liés et, en ce sens, développer une pratique, qui soit unique et à son image, nécessite un brin d’innovation au sein de l’entreprise.

L’innovation dans le secteur des services professionnels n’a pas besoin d’être radicale afin de permettre aux professionnels de se différencier. En effet, développer une valeur unique ne signifie pas qu’il faut inventer quelque chose d’entièrement nouveau, il faut plutôt inciter les professionnels à affûter leur œil critique afin d’encourager ces derniers dans l’amélioration continue de leur pratique.